Rorqual commun et gorille des montagnes en voie de récupération grâce aux efforts de conservation - Liste Rouge de l'UICN

Gland, Suisse, 14 novembre 2018 (UICN) - Les efforts de conservation apportent un nouvel espoir pour le rorqual commun et le gorille de montagne, selon la dernière mise à jour de la Liste Rouge de l’UICN des espèces menacées TM publiée aujourd’hui. Le rorqual commun a bénéficié des interdictions de chasse à la baleine et passe de la catégorie « En Danger » à la catégorie « Vulnérable », tandis que la sous-espèce de gorille des montagnes passe de « En Danger Critique » à « En Danger » grâce aux efforts concertés de conservation.

Fin Whale

La mise à jour de la Liste Rouge de l’UICN publiée aujourd’hui révèle également que la surpêche provoque un déclin des espèces de poissons dans certaines parties du monde en voie de développement, 13% des espèces mondiales de mérous et 9% des poissons du lac Malawi étant ainsi menacés d’extinction. La surexploitation menace également le Vène (Pterocarpus erinaceus), source importante de bois, qui fait son entrée dans la Liste Rouge de l’UICN dans la catégorie « En Danger ».

La Liste Rouge de l’UICN couvre maintenant 96 951 espèces dont 26 840 sont menacées d’extinction.

« Cette nouvelle mise à jour de la Liste Rouge de l’UICN illustre la portée des actions de conservation, à travers les améliorations de statut constatées pour le rorqual commun et le gorille des montagnes », selon Inger Andersen, Directrice générale de l’UICN. « Ces succès de conservation sont la preuve que les efforts ambitieux et concertés des gouvernements, des entreprises et de la société civile peuvent inverser la tendance de la perte d’espèces. Malheureusement, cette dernière mise à jour illustre également comment les menaces à la biodiversité continuent de freiner les avancées vers certains des objectifs les plus importants de la société, comme la sécurité alimentaire. Il est urgent de voir les mesures de conservation efficaces renforcées et soutenues. Le sommet de l’ONU sur la biodiversité qui se tient actuellement en Égypte constitue une occasion précieuse pour une action décisive pour protéger la diversité de la vie sur notre planète ».

Augmentation des effectifs de baleines

Autrefois « En Danger », le rorqual commun (Balaenoptera physalus) est désormais considéré comme « Vulnérable », la population mondiale de l’espèce ayant presque doublé depuis les années 1970. Cette augmentation fait suite aux interdictions internationales de chasse commerciale à la baleine dans le Pacifique Nord et dans l’hémisphère Sud, en vigueur depuis 1976, ainsi qu’à des réductions importantes des captures dans l’Atlantique Nord depuis 1990. Le statut de la sous-population occidentale de baleines grises (Eschrichtius robustus) s’est également amélioré, passant de « En Danger Critique » à « En Danger ». Ces deux espèces de baleines étaient historiquement menacées par la surexploitation de leur graisse, de leur huile et de leur viande. 

« Les populations de rorquals communs et de baleines grises occidentales ont été gravement réduites par la chasse, et c’est un grand soulagement de voir enfin leurs effectifs repartir à la hausse. Ces baleines se rétablissent en grande partie grâce aux interdictions de chasse commerciale, aux accords internationaux et à diverses mesures de protection. Les efforts de conservation doivent continuer jusqu’à ce que les populations ne soient plus menacées », indique Randall Reeves, Président du groupe de spécialistes des cétacés de la CSE de l’UICN. « Ces exemples de gouvernements, industries et société civile agissant de concert pour la conservation devraient inspirer les Parties réunies en Égypte, cette semaine, pour la conférence de la Convention sur la diversité biologique ».

La protection presque complète des rorquals communs sur l’ensemble de leur aire de répartition a permis à la population mondiale d’atteindre environ 100 000 individus matures. Les baleines grises occidentales sont protégées de la chasse à la baleine dans presque tous les États de leur aire de répartition depuis 1980, mais ce n’est que récemment que l’on a clairement constaté une augmentation de leur nombre dans le Pacifique occidental, en particulier au large de l’île de Sakhalin, en Russie. La différence entre les effets des mesures de conservation et la détection du rétablissement des populations de baleines est en partie due au faible taux de reproduction de ces animaux. Cinq États de l’aire de répartition de la baleine grise occidentale (le Japon, la Fédération de Russie, la République de Corée, les États-Unis et le Mexique) ont signé un mémorandum de coopération concernant les mesures de conservation des populations de cette espèce. L’activité industrielle, y compris l’exploitation pétrolière et gazière et la pêche commerciale, représente également une menace potentielle pour les baleines grises. Depuis 2004, un groupe de scientifiques indépendants dirigé par l’UICN conseille Sakhalin Energy, l’une des plus grandes sociétés opérant en offshore dans l’Extrême-Orient russe, sur comment gérer les impacts potentiels de ses activités sur les baleines.

Un espoir pour le gorille des montagnes

Cette mise à jour de la Liste Rouge de l’UICN apporte également un espoir concernant le gorille des montagnes (Gorilla beringei beringei), dont le statut de conservation s’est amélioré de « En Danger Critique » à « En danger » grâce aux efforts de conservation concertés, par-delà les frontières nationales, et à l’engagement positif des communautés vivant autour de l’habitat des gorilles. Le gorille des montagnes est l’une des deux sous-espèces de gorille oriental (Gorilla beringei). Celui-ci reste « En Danger Critique ».

Des mesures conséquentes de conservation, y compris des patrouilles anti-braconnage et des interventions vétérinaires in-situ telles que l’élimination des pièges, ont contribué à la croissance des populations de gorilles des montagnes depuis leur précédente évaluation par la Liste Rouge de l’UICN, en 2008. Alors que les populations de gorilles des montagne n’étaient estimées qu’à environ 680 individus en 2008, les estimations de 2018 montrent qu’elles sont passées à plus de 1 000 individus, chiffre le plus élevé jamais enregistré pour la sous-espèce. La croissance des populations a été confirmée par des méthodes de comptage coordonnées et améliorées.

L’habitat des gorilles des montagnes est limité à des aires protégées couvrant environ 792 Km2 dans deux régions de la République démocratique du Congo, du Rwanda et de l’Ouganda: le massif des Virunga et la région de Bwindi-Sarambwe. Les deux sites sont entourés de terres intensivement utilisées pour l’agriculture par une population humaine croissante. Les menaces pesant sur cette sous-espèce restent élevées et incluent notamment le braconnage, les troubles civils récurrents et les maladies introduites par l’homme, allant d’infections respiratoires au virus Ébola.

« Bien que l’augmentation des effectifs de gorilles des montagnes soit une fantastique nouvelle, la sous-espèce est encore en danger et les efforts de conservation doivent continuer », indique le Dr Liz Williamson du Groupe de spécialiste des primates de la CSE de l’UICN. « Des efforts concertés dans le cadre d’un plan d’action régional et la mise en œuvre intégrale des lignes directrices de l’UICN pour le tourisme et la prévention des maladies chez les grands singes, qui recommandent de limiter le nombre de touristes et d’éviter tout contact direct avec les humains, sont essentiels pour assurer l’avenir du gorille des montagnes ».

La surpêche menace certaines espèces de poissons

Cinquante-quatre espèces de poissons de deux zones de pêche importantes sont menacées par une pêche non-durable, selon la dernière mise à jour de la Liste Rouge de l’UICN. 

Neuf pour cent des 458 espèces de poissons évaluées dans le lac Malawi présentent un risque d’extinction élevé, suscitant certaines inquiétudes pour la sécurité alimentaire régionale. Trois des quatre espèces de tilapia (Oreochromis karongae, Oreochromis squamipinnis et Oreochromis lidole), poisson le plus important pour le Malawi d’un point de vue économique, sont gravement menacées. Les pêcheries de tilapia sont aujourd’hui au bord de l’effondrement. Plus d’un tiers des habitants du Malawi dépendent du lac Malawi, troisième lac le plus grand d’Afrique, pour leur nourriture et leurs moyens de subsistance. Des résultats similaires ont été soulignés dans un récent rapport sur le bassin du lac Victoria, où les trois quarts des espèces endémiques d’eau douce sont menacées. Les moyens de subsistance locaux de plusieurs pays d’Afrique de l’Est dépendant des ressources de ces lacs sont menacés par une pêche non-durable.

La première réévaluation de l’ensemble des 167 espèces de mérou, type emblématique de bar de grande importance économique et largement présent dans les régions Atlantique, Caraïbes et Indopacifique, confirme que 13% des espèces sont menacées par la surpêche. Les communautés locales des pays tropicaux et subtropicaux en développement sont particulièrement touchées. Les espèces inscrites sur la Liste Rouge de l’UICN sont périodiquement réévaluées et leur statut de conservation est redéfini en conséquence, en fonction des nouvelles données disponibles. De meilleures informations sur les tendances démographiques ont confirmé que le mérou de Nassau (Epinephelus striatus) est plus menacé qu’on ne le pensait auparavant, faisant passer son statut de conservation de « En Danger » à « En Danger Critique ». Cette espèce est très appréciée dans les Caraïbes, mais sa surpêche a provoqué des diminutions locales de plus de 80% depuis les années 1980. Les évaluations ont également souligné que le statut de conservation du mérou camouflage (Epinephelus polyphekadion) et de la badèche baillou (Mycteroperca microlepis) est plus préoccupant qu’on ne le pensait jusqu’à présent.

« L’épuisement des stocks de poissons est une préoccupation sérieuse pour la sécurité alimentaire, en particulier pour les communautés côtières des pays en développement », indique Yvonne Sadovy, Co-présidente du Groupe de spécialistes des mérous et labres de la CSE de l’UICN. « Bien que certaines pêcheries marines commerciales soient gérées de façon durable, il n’existe que peu d’exemples, globalement, concernant les mérous. La croissance de la population humaine accentue la demande sur les espèces de poissons importantes pour les moyens de subsistance et les marchés de niche, et les pressions à l’exportation exacerbent la situation. Le déclin des espèces affecte de façon significative le prix de vente du poisson dans le monde et réduit la sécurité alimentaire de millions de personnes qui dépendent de la pêche artisanale et de subsistance pour leur survie.

L’abattage illégal menace le bois de Vène

Le Vène (Pterocarpus erinaceus), source importante de bois à l’échelle mondiale, fait son entrée dans la Liste Rouge de l’UICN dans la catégorie « En Danger », menacé par un abattage à outrance en réponse à une demande en plein essor pour la fabrication de produits ménagers. Originaire d’Afrique Centrale et de l’Ouest, le bois de couleur rose-brun foncé de cet arbre est utilisé dans le monde entier pour la fabrication de meubles, de revêtements de sol, d’ustensiles domestiques à bas coût ainsi que dans la construction. Entre 2009 et 2014, le commerce du bois de Vène, un type de bois de rose africain, a été multiplié par 15 pour répondre à la forte demande chinoise.

« Avec la demande dépassant l’offre légale de bois de Vène, les réseaux de commerce illégal deviennent de plus en plus lucratifs », indique Sara Oldfield, Coprésidente du groupe de spécialistes des plantes de la CSE de l’UICN. « Moins de 2% des forêts naturelles de cet arbre sont protégées et une grande partie de son habitat se trouve dans des zones de conflit, où la conservation n’est pas une priorité. Les aires protégées doivent être agrandies afin de conserver cette espèce ».

Le commerce illégal de bois de Vène est généralisé. La plupart des pays de son aire de répartition ont mis en place des législations spécifiques pour protéger l’espèce, mais celles-ci ne sont souvent pas appliquées en raison d’un manque de ressources et de financements pour contrôler le commerce illégal. Au Togo, un quart de la récolte de bois de rose africain était obtenue de façon illégale en 2008. Un manque de sensibilisation tout au long de la chaîne d’approvisionnement perpétue cette situation, menaçant les moyens de subsistance locaux qui dépendent de cet arbre pour le fourrage animal, le carburant, la teinture pour vêtements et son utilisation à des fins médicales. Des applications du bois de rose dans les traitements de la maladie d’Alzheimer et autres démences sont également à l’étude.

Autres espèces :

Bois d’agar: La totalité des 20 espèces d’Agar ont été évaluées par la Liste Rouge de l’UICN et 13 d’entre elles sont menacées d’extinction. Le bois blessé de l’arbre, un des bois les plus chers au monde, est utilisé pour produire des parfums et des fragrances. En raison de leur valeur économique élevée, les espèces d’Agar sont menacées d’abattage illégal dans certaines régions. Le bois d’agar chinois (Aquilaria sinensis), considéré comme Vulnérable, a subi un déclin de 30% de ses populations au cours des dix dernières années. Entre 2006 et 2011, les douanes de la province chinoise du Guangdong ont signalé 211 cas de contrebande.

Arum titan (Amorphophallus titanum) – Surnommé « fleur de cadavre » en raison de son extrême puanteur, l’arum titan (Amorphophallus titanum), la plus grande inflorescence au monde, a été évalué pour la première fois par la Liste Rouge de l’UICN. L’espèce, endémique de l’île de Sumatra, en Indonésie, est considérée comme « En Danger », suite à un déclin estimé à 50% de sa population au cours des 150 dernières années. L’exploitation et la conversion de l’habitat forestier naturel de cette plante en plantations de palmiers à huile en sont les principales causes. Il reste moins de 1 000 individus dans la nature, mais sa sauvegarde reste possible en protégeant l’habitat de l’arum titan. Un programme d’éducation du public visant à informer des menaces pesant sur cette espèce emblématique contribuera également à mobiliser et à encourager les parties prenantes locales à participer à sa protection.

Gophère (Gopherus flavomarginatus) – La plus grande espèce de tortue d’Amérique du Nord, la gophère ou tortue fouisseuse du Mexique (Gopherus flavomarginatus), a vu son statut réévalué, passant de « Vulnérable » à « En Danger Critique » sur la Liste Rouge de l’UICN, en raison de son exploitation pour une consommation de subsistance et de la perte généralisée de son habitat. Les populations de cette tortue, présente dans les zones isolées du bassin de Bolsón de Mapimí, au Mexique, ont chuté de plus de 64% au cours des 30 dernières années. L’espèce est considérée comme menacée selon les lois fédérales mexicaines sur la faune, et des programmes de reproduction en captivité visant à réintroduire l’espèce au Nouveau-Mexique et au Texas, aux États-Unis, sont en cours d’évaluation.

Remarques: La Liste Rouge de l’UICN dispose d’un nouveau site web, doté d’une interface utilisateur améliorée, de meilleures capacités de recherche et de formats plus attrayants pour l’affichage des informations sur le statut de conservation des espèces. Les utilisateurs pourront ainsi trouver plus rapidement et plus efficacement les informations recherchées, et prendre ainsi les mesures importantes nécessaires pour protéger la biodiversité mondiale. Nous remercions Toyota Motor Corporation et Synchronicity Earth pour leur financement de la nouvelle plate-forme web de la Liste Rouge de l’UICN.

Citations complémentaires:

« Au moins 2 milliards de personnes dépendent directement des pêches intérieures d’eau douce comme le lac Malawi pour leur survie », indique William Darwall, Responsable de l’unité des espèces d’eau douce de l’UICN. « Près de 80% des captures provenant de la pêche en eau douce proviennent de pays à déficit alimentaire, où la population ne dispose globalement pas de suffisamment de nourriture pour répondre aux besoins caloriques quotidiens recommandés. Pourtant, les ressources en eau douce ne figurent pas parmi les priorités des agendas nationaux ou internationaux. L’objectif 6 du Plan stratégique de l’ONU pour la biodiversité, portant sur l’évitement de la surpêche, ne sera donc pas atteint. Ce manquement menace les moyens de subsistance locaux et accroît le risque d’insécurité alimentaire à travers le monde ».

« Les succès de la conservation, comme le gorille des montagnes, démontrent que des actions de conservation ciblées, fondées sur des données scientifiques, fonctionnent. C’est pour cela que nous continuons de soutenir la Liste Rouge de l’UICN », déclare M. Keiji Nemoto, Directeur général de la Division des affaires environnementales de Toyota Motor Corporation. « La Liste Rouge de l’UICN fournit des données inestimables qui permettent de guider les politiques et les mesures de conservation, empêchant les espèces de glisser vers l’extinction ».

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Pour plus d’informations ou planifier des interviews, veuillez contacter :
Goska Bonnaveira, Chargée des relations avec les médias à l’UICN, +41 792760185, goska.bonnaveira@iucn.org 
Elaine Paterson, Chargée des relations avec les médias à l’UICN, +44 7960241862, elaine.paterson@iucn.org

NOTE AUX JOURNALISTES

La Liste Rouge de l'UICN : La Liste Rouge de l'UICN des espèces menacéesTM contribue à la réalisation de l’Objectif 12 du Plan stratégique pour la biodiversité 2011-2020. Objectif 12 : D’ici à 2020, l’extinction d'espèces menacées connues est évitée et leur état de conservation, en particulier de celles qui tombent le plus en déclin, est amélioré et maintenu.

Le Partenariat UICN-Toyota : Le partenariat de cinq ans signé entre l’UICN et Toyota Motor Corporation, annoncé en mai 2016, augmentera significativement les connaissances sur le risque d’extinction de plus de 28 000 espèces, dont un grand nombre qui sont des sources d’alimentation essentielles pour une partie significative de la population mondiale. Ce partenariat a permis d’ajouter 1 986 espèces de plantes et d’animaux à la mise à jour de la Liste Rouge de l'UICN. Ce partenariat est orienté par le Défi environnemental Toyota 2050, dont l’objectif est de réduire les impacts négatifs associés aux automobiles à zéro et même plus, tout en ayant simultanément des impacts positifs sur la société. 

Citations des partenaires de la Liste Rouge

Botanical Gardens Conservation International: « Les nouvelles évaluations de plusieurs espèces emblématiques de plantes, telles que l’arum titan, les agars et autres arbres à bois, beaucoup d’entre elles menacées d’extinction, soulignent l’urgence à produire des évaluations de conservation afin de mieux hiérarchiser les besoins d’actions de conservation in-situ et ex-situ, afin d’assurer la survie future des plantes ».

Jardins botaniques royaux, Kew: « En tant que partenaires de la Liste Rouge, les Jardins botaniques royaux Kew contribuent aux évaluations depuis de nombreuses années. Le fait de disposer d’une unité spécifique d’évaluation des plantes depuis deux ans nous a permis d’accroître le taux de classification d’espèces végétales sur la Liste Rouge, en particulier dans les zones tropicales, pour atteindre, en moyenne, plus de 1 000 soumissions par an actuellement. Ce travail est d’une importance capitale pour que la Liste Rouge soit représentative de la vie sur terre. Ce n’est qu’en comprenant les menaces auxquelles les espèces sont exposées que nous pourrons prendre des mesures efficaces pour y remédier ». Dr Serene Hargreaves, Département des sciences de la conservation de Kew.

ZSL: « La récupération d’espèces telles que le gorille des montagnes, le rorqual commun et la girafe de Rothschild démontre une fois de plus que, grâce à des mesures de conservation soutenues et à long terme, nous pouvons non seulement prévenir les extinctions, mais aussi parvenir à un taux de reconstitution considérable des populations », indique Dominic Jermey, OBE, Directeur général et CVO de la ZSL (Société Zoologique de Londres). « Alors que les gouvernements du monde entier se réunissent en Égypte pour poursuivre les discussions sur l’élaboration d’un nouveau et ambitieux plan stratégique pour la biodiversité, nous espérons que ces exemples encourageront les pays à prendre des engagements fermes qui permettront à la faune sauvage mondiale de retrouver la voie du rétablissement ».

Exemples d’autres espèces ayant été ajoutées à cette mise à jour

Cyanea konahuanuiensis – Cyanea konahuanuiensis est une plante endémique de Hawaiʻi, où elle n’a été observée qu’autour du mont Kōnāhuanui, dans les montagnes de Koʻolau, sur Oʻahu. Environ 20 plantes matures ont été observées, mais les plantules sont rares, ce qui suggère que la population est en déclin. La petite taille de sa population connue et son aire de répartition restreinte rendent cette espèce vulnérable aux menaces d’espèces envahissantes introduites (rats, limaces, porcs sauvages, plantes envahissantes) et aux événements stochastiques comme les glissements de terrain, les ouragans ou les crues soudaines. Il est également probable que la plupart (ou peut-être la totalité) de ses oiseaux pollinisateurs et disperseurs autochtones aient disparu. Cette plante est entrée dans la Liste Rouge 2018-2 dans la catégorie « En Danger Critique ».

Naʻo Hau Hele (Hibiscus brackenridgei) – Cette espèce est la fleur officielle de l’État de Hawaiʻi. Il s’agit d’une plante rare, présente dans seulement neuf petites sous-populations, sur les îles de Oʻahu, Maui, Lanaʻi et Hawaiʻi. Elle aurait été plantée à des fins ornementales par les premiers Hawaïens et est toujours populaire dans les pépinières commerciales. Dans la nature, elle est menacée par des plantes envahissantes non-autochtones qui entrent en compétition avec elle (pour l’humidité, les nutriments, la lumière et l’espace), modifient l’habitat originel, ou augmentent la fréquence des incendies. L’espèce est également consommée par des animaux non-autochtones (rats, porcs, cerfs et chèvres), dont certains dégradent également son habitat. Elle est également menacée par les glissements de terrain, le feu, et la sécheresse. Hibiscus brackenridgei est entrée dans la Liste Rouge de l’UICN dans la catégorie « En Danger Critique ».

Mygale à pattes de feu mexicaine (Brachypelma baumgarteni) – Cette espèce de mygale est endémique du Mexique où elle n’est présente que dans la région côtière de la Sierra Madre del Sur, dans le sud-est de l’État de Michoacán. Il y a encore cinq ans, cette araignée était commune dans la nature. Elle est, depuis, devenue difficile à observer. Il semble qu’il s’agisse d’une espèce tributaire de la forêt et la pression humaine (urbanisation, agriculture) pourrait être la cause principale de sa disparition. Les informations locales indiquent que certaines sous-populations ont été dévastées par les ouragans. L’élevage en captivité est la source principale du commerce de cette espèce comme animal de compagnie, mais il est insuffisant pour répondre à la demande du marché, entraînant une pression accrue des prélèvements dans les populations sauvages. La mygale à pattes de feu mexicaine (Brachypelma baumgarteni) est entrée dans la Liste Rouge de l’UICN en 2018, dans la catégorie « En Danger ».

Gecko de Durrell (Nactus durrellorum) – Le gecko de Durrell (Nactus durrellorum) est une espèce endémique de l’île Maurice, actuellement présente uniquement sur Round Island, dont la superficie n’est que de 2 Km². L’espèce a connu un déclin important ayant entraîné son extinction dans la majeure partie de son aire de répartition historique. Sa dernière zone de localisation a été largement dégradée par plusieurs espèces envahissantes de mammifères herbivores, mais des mesures de conservation visant à éradiquer les espèces envahissantes, à restaurer l’habitat et à gérer activement cette espèce depuis les années 1980, ont entraîné une augmentation rapide de sa population. En 2018, la population mondiale était estimée à plus de 27 000 individus et continuait d’augmenter. Cependant, de nouvelles espèces invasives envahissent régulièrement les îles de l’archipel mauricien et requièrent des efforts de lutte continus. Les phénomènes météorologiques extrêmes, les cyclones et les incendies intenses sont autant d’autres menaces potentielles pour cette espèce. L’espèce est entrée dans la Liste Rouge de l’UICN en 2018, dans la catégorie « Vulnérable ».

Exemples d’autres espèces dont le statut de conservation s’est dégradé

Mérou sept raies (Hyporthodus ergastularius) – Présente au large de la côte australienne, l’espèce a été reclassée de « Préoccupation Mineure » à « Quasi Menacée ». Au cours des huit dernières années, la surpêche a entraîné un déclin de plus de 69% de cette espèce en Nouvelle-Galles du Sud et de 80% dans le Queensland, entraînant des conséquences financières pour les pêcheurs et les marchés d’exportation locaux et nationaux.

Oryx de Beïsa (Oryx beisa) – L’Oryx de Beïsa (Oryx beisa) était autrefois commun dans les maquis et les prairies semi-arides et arides du nord-est de l’Afrique, mais son aire de distribution et ses populations ont nettement diminué. Au milieu des années 1990, ces populations étaient estimées à environ 26 000 individus. L’estimation la plus récente des populations de l’espèce est de 12 000 individus, soit une baisse de 54%. Cette espèce est traditionnellement chassée pour sa viande, sa peau très dure, et dans de nombreuses cultures, ses cornes sont recherchées pour en faire des amulettes. La surexploitation et la colonisation de son habitat par l’homme et le bétail sont les principales menaces qui ont fait passer cette espèce de la catégorie « Quasi Menacée » à « En Danger » de la Liste Rouge de l’UICN.

Crapaud du Páramo (Nannophryne cophotis) – Considéré comme espèce de « Préoccupation Mineure » en 2004, le crapaud du Páramo (Nannophryne cophotis) a été reclassé dans la catégorie « En Danger Critique ». Cette espèce est endémique du Pérou où elle était autrefois commune et abondante, mais sa population a diminué si radicalement qu’elle pourrait déjà avoir disparu. Ce crapaud a été vu pour la dernière fois en 2005. On pense que son déclin précipité est dû à la perte de son habitat et à la contamination de l’eau douce par les activités minières, l’expansion agricole et les plantations de pins, bien que d’autres menaces comme la chytridiomycose et le changement climatique ne soient pas exclues.

Boswellia pirottae – Boswellia pirottae est une espèce d’arbre rare, présente uniquement en Éthiopie et utilisée localement comme encens. Les inondations liées au projet de construction du barrage Gibe IV sont susceptibles d’affecter directement une petite partie de la population se trouvant à basse altitude. Toutefois, le changement de microclimat local pouvant survenir après la construction du barrage pourrait affecter le reste de la population ou modifier le régime naturel du feu. Cette espèce est passée de « Quasi Menacée » à « Vulnérable » dans la Liste Rouge 2018-2.

Exemples d’autres espèces dont le statut de conservation s’est amélioré

Gecko des marais salants (Cryptactites peringueyi) – Endémique de la province du Cap-Oriental, en Afrique du Sud, le gecko des marais salants (Cryptactites peringueyi) n’était présent, auparavant, que dans ou à proximité des marais côtiers. Ces dernières années, cependant, l’espèce s’est étendue jusqu’à plusieurs kilomètres à l’intérieur des terres, utilisant maintenant des structures construites par l’homme comme abris. La population est maintenant considérée comme stable, mais son habitat principal (les marais côtiers) pourrait encore être menacé par des événements stochastiques comme l’augmentation des inondations dues aux tempêtes et l’élévation du niveau de la mer associées au changement climatique. L’espèce est passée de « En Danger Critique » à « Quasi Menacée » sur la Liste Rouge de l’UICN.

Grenouille de Banahaw (Platymantis banahao) – La grenouille forestière de Banahaw est uniquement présente sur l’île de Luçon, aux Philippines. Cet amphibien était précédemment considéré comme vulnérable en raison de son aire de répartition restreinte et des dommages causés aux habitats de montagne par les visiteurs de la région. Cependant, grâce à la mise en place d’un Paysage protégé en 2009, la perte continue de son habitat n’affecte maintenant qu’une petite partie de la population. L’espèce est donc maintenant considérée comme « Quasi Menacée ».

Girafe de Rothschild (Giraffa camelopardalis rothschildi) – La girafe de Rothschild est actuellement confinée à de petites régions du Kenya et de l’Ouganda. Historiquement, cette sous-espèce avait une aire de répartition beaucoup plus vaste en Afrique de l’Est, mais la chasse illégale, l’expansion agricole, l’empiétement humain ainsi que la dégradation et la fragmentation de son habitat ont entraîné sa disparition de la plus grande partie de son ancienne aire de répartition. La girafe de Rothschild a été classée comme « En Danger » en 2010. Depuis, des mesures de conservation telles que des réintroductions, l’amélioration de la protection juridique, y compris l’interdiction de la chasse, et l’élaboration de Stratégies et Plans d’action nationaux pour la girafe, ont permis une augmentation des populations. On estime actuellement à 1 468 le nombre d’individus matures dans la nature et les populations augmentent. Cependant, le potentiel de dispersion entre les sites restants et la capacité d’expansion sont limités. L’avenir de la sous-espèce dépend des efforts de conservation en cours. La sous-espèce est passée dans la catégorie « Quasi Menacée » en 2018.
 

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