Nouvelle marée pour le Rio Doce : le retour à la vie du fleuve

20.03.2018

Sur le long terme, les entreprises ont tout à gagner à utiliser les ressources naturelles d’une façon qui profite à toute la société. Alors que s’ouvre cette semaine le 8e Forum mondial sur l’eau à Brasilia, Yolanda Kakabadse, présidente du Groupe pour le Rio Doce qui fournira des conseils sur les efforts de restauration, souligne que les efforts pour réhabiliter le bassin versant du Rio Doce au Brésil, suite à la catastrophe minière de 2015, sont un exemple en la matière.

Le réservoir de Candonga, en aval du barrage, a été lourdement affecté par la rupture du barrage.

En novembre 2015, la ville de Mariana, Brésil, a été durement touchée par une catastrophe écologique. Le barrage de rétention de déchets Fundão, sur le site de la mine de Samarco, s’est rompu, déversant des millions de litres d’eau, de boue et de débris 650 kilomètres en aval du Rio Doce et finissant sa course meurtrière dans l’océan Atlantique. La rupture du barrage, et les coulées de boue qui s’en sont ensuivies, ont tué 19 personnes et causé d’énormes dommages économiques et sociaux pour les communautés riveraines du Rio Doce ; elles ont également affecté les poissons et la vie aquatique du fleuve. Nous ignorons encore l’étendue des dommages causés à ces écosystèmes critiques et aux ressources hydriques de la région. Cependant, nous savons que cette catastrophe écologique est l’une des plus importantes que le pays ait connue.

Le Rio Doce se déversant dans l’Atlantique, 2 semaines après la rupture du barrage Photo: Arnau Aregio CC4.0

Aujourd’hui, le Rio Doce continue à charrier de hauts niveaux de sédiments issus de cette rupture, malgré des efforts continus pour revégétaliser et restaurer les berges du fleuve en amont du bassin versant. Ces sédiments peuvent porter préjudice aux moyens d'existence locaux, à la santé humaine, à des infrastructures comme les usines d’hydroélectricité et de traitement des eaux, ainsi qu’aux écosystèmes.

Les ressources hydriques se mesurent en termes de qualité et de quantité, et le bassin du Rio Doce a perdu les deux. En outre, au moment où le barrage s’est rompu, le Brésil était confronté à l’une des pires sécheresses de ces 80 dernières années, ce qui affectait déjà fortement le milieu naturel et les populations, notamment dans la partie sud-est du pays, où s'écoule le Rio Doce.

Les communautés du bassin versant du Rio Doce vivaient aux côtés d’une rivière polluée bien avant la rupture du barrage.

Mais les communautés du bassin versant du Rio Doce vivaient aux côtés d’une rivière polluée bien avant la rupture du barrage. Avec les années, le fleuve a pâti d’une accumulation d’impacts issus de l’exploitation minière non-durable, de la déforestation, d’une agriculture mal gérée, d’un traitement des eaux usées insuffisant dans la plupart des communautés bordant le fleuve, et d’autres problèmes. Une législation solide pour garantir la protection du fleuve était pourtant en place, mais elle manquait la plupart du temps d’une application adéquate. Après la rupture du barrage d’eaux résiduelles, le gouvernement et les communautés locales ont encore du mal à répondre aux défis de ce bassin fluvial.

L’une de mes tâches, en tant que Présidente du Groupe pour le Rio Doce, dirigé par l’UICN, est de contribuer à orienter les efforts pour réhabiliter le bassin versant, et de garantir une bonne qualité de vie aux communautés affectées pour les cinq prochaines années. Le Groupe est chargé de garder une vision indépendante de la restauration, dans une perspective paysagiste, comme une étape vers la durabilité à long terme. S’appuyant sur les conclusions des dernières recherches scientifiques, et se basant sur une approche interdisciplinaire, le Groupe cherche à identifier les pratiques et les politiques qui aideront les populations locales à reconstruire leur milieu naturel et leurs moyens d'existence. Les conclusions du Groupe renseigneront la Fondation Renova – légalement mandatée par le gouvernement brésilien pour diriger la restauration du bassin après la rupture du barrage – ainsi que les entreprises minières BHP et Vale, qui possèdent en commun la mine de Samarco.

Yolanda Kakabadse enquête sur le paysage lors d’une visite dans le bassin versant du Rio Doce Photo: Rio Doce Panel

Dans les années suivant la catastrophe, la situation du bassin du Rio Doce est devenue – de façon compréhensible – un sujet extrêmement controversé et émotionnel, au Brésil et ailleurs dans le monde. C’est pourquoi des conseils objectifs et scientifiques, ainsi qu’une approche permettant de rassembler les communautés locales, les entreprises et le gouvernement sont d’autant plus cruciaux. Pour mener à bien les efforts de restauration, nous avons besoin de partenaires qui travaillent ensemble et sont convaincus de l’importance de restaurer la santé du fleuve, pour le bénéfice de tous, et qui veilleront à ce que la législation soit correctement appliquée et que des programmes nationaux existants soient judicieusement mis en œuvre.

Davantage d'entreprises dans le monde doivent reconnaître qu’il vaut mieux empêcher une catastrophe que réagir à une catastrophe qui s’est déjà passée.

Sans eau, la vie est impossible, et l’activité économique également. Souvenons-nous que le Rio Doce n’est pas juste un fleuve ou un bassin versant. C’est la terre de plus de 3 millions de personnes, qui dépendent du fleuve pour s’approvisionner en eau et en nourriture, pour leurs moyens d'existence, leurs loisirs, et bien d’autres choses encore. Ce bassin fluvial est également crucial dans la région, car il soutient de nombreuses activités économiques comme l’élevage, la culture du café et du cacao, ainsi que les usines d’aciérie et l’exploitation minière.

La production de café est basée sur un approvisionnement en eau propre et abondante. Photo: Marcelo Silk Screen CC1.0

Davantage d'entreprises dans le monde doivent reconnaître qu’il vaut mieux empêcher une catastrophe que réagir à une catastrophe qui s’est déjà passée. Samarco, par exemple, s’est engagé à dépenser au moins 5 milliards de dollars US pour couvrir les dépenses liées aux dommages causés par la rupture du barrage. Lorsque l’on additionne les autres coûts liés à la perte d’emplois, de revenus, à l’arrêt de la centrale hydroélectrique et autres, cette déclaration est confirmée : la prévention est nettement moins chère que la restauration.

Les entreprises minières en particulier savent que leurs actions doivent aller au-delà de la responsabilité sociale des entreprises si elles veulent maintenir leur « licence sociale » pour fonctionner. Dans le bassin du Rio Doce, comme ailleurs, c’est l’intérêt à long terme du secteur privé que de garantir que tous les secteurs de la société – et notamment les communautés locales – profitent de l’activité économique basée sur l’utilisation des ressources naturelles. Aujourd’hui, les entreprises doivent gérer leurs ressources et minimiser leurs impacts sur l’environnement, pour le bien commun de la société. En d’autres mots, elles doivent non seulement s’efforcer d’être les meilleures SUR la planète, mais aussi les meilleures POUR la planète.

L’UICN et ses Membres portent la responsabilité de garantir une mise en œuvre des lois, afin de protéger des fleuves comme le Rio Doce et les populations qui en dépendent.

Alors que les délégués se réuniront prochainement pour le 8e Forum mondial de l’eau, dans l’objectif commun de protéger cette ressource mondiale précieuse, espérons que les efforts communs pour retrouver une eau propre et sûre dans le bassin du Rio Doce inspireront d’autres actions au-delà du Brésil. Toutes les parties prenantes impliquées dans la reconstruction du bassin versant du Rio Doce aimeraient devenir un modèle pour le Brésil – un modèle qui protègent la qualité du fleuve et du milieu naturel avoisinant et donc la santé des populations, et qui respecte la législation et l’application des lois. L’UICN et ses Membres dans le monde portent la responsabilité de garantir une mise en œuvre réelle et efficace des lois, afin de protéger des fleuves comme le Rio Doce et les populations qui en dépendent.

Topic: 
Water

Yolanda Kakabadse

Yolanda Kakabadse is an Ecuadorian environmentalist and Chair of the Rio Doce Panel. She was President of IUCN from 1996 to 2004, Ecuador’s Minister of the Environment from 1998 to 2000, and President of WWF International from 2010 to 2017. She is also founder of Fundación Futuro Latinoamericano. Ms Kakabadse received the Golden Ark Order (1991), the Zayed Prize (2001), the UN Environment Programme’s Global 500 Award (1992), and a Doctor of Science (ScD) honoris causa from the University of East Anglia (2008), among other honours.

Languages

  • English
  • Français
  • Español
  • العربية
  • Nederlands
  • Deutsch
  • Italiano
  • ภาษาไทย
  • Tiếng Việt
  • Cambodian
  • 简体中文
  • 繁體中文
  • Bahasa Indonesia
  • 日本語
  • Laothian
  • Portuguese
  • Русский
  • اردو

All Blogs | Blog authors directory

Post new comment

Go to top